Le Perthus

Premier village espagnol, le Perthus à la particularité d'être également le dernier village français : il est à cheval sur la frontière !
 
 
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Etymologie

Le nom vient du mot "Port", un col entre deux montagnes en catalan (par exemple le Port d'Envalira est le col qui permet d'entrer en Andorre). La déformation du nom a donné Portus, Portous puis Pourtous.

Pour compléter, sachez que "Port" via lui-même du verbe latin "pertusiare", signifiant "Percer".

 

Histoire

Le Perthus est situé sur un col permettant le passage d'un côté à l'autre des Pyrénées. Cet emplacement stratégique a toujours été convoité, les premiers qui en on compris l'importance était certainement les romains qui y faisaient passer la Via Domitia. La ville est en fait divisée en deux parties distinctes : le Perthus français et le Perthus espagnol, ce dernier étant en fait sur le territoire de La Jonquera, plus au Sud.

Les premières traces d'activités humaines au Perthus ne remontent à l'époque romaine. Il n'y a en effet aucun vestiges antérieurs, particulièrement aucun mégalithe comme ceux que l'on trouve pourtant dans les Albères (Dolmen de la Siuréda à Maureillas, dolmen de Na Cristiana à l'Albère). Les traces romaines sont nombreuses dans la vallée menant au col, il s'agit essentiellement de la Via Domitia qui traverse le col, mais aussi de différents édifices militaires destinés à conserver le contrôle de la région. Lorsque Pompée, général romain, défit le gouverneur Quintus Sertorius, qui dirigeait la péninsule ibérique, il fit édifier un monument à la gloire de son armée à l'entrée du territoire conquis. Les spécialistes ont longtemps cherchés son emplacement, jusqu'à ce qu'il soit trouvé au Perthus. On connaît ce monument sous le nom de Trophée de Pompée.

Après la chute de Rome et la récupération de la Septimanie par les wisigoths (412), le territoire du Perthus poursuivit son rôle de poste de surveillance de la chaîne des Pyrénées. Le point central du dispositif défensif était le château d'Ultrera, mais le Perthus avait ses édifices militaires, aujourd'hui ruinés.

Puis les sarrasins (739) conquirent militairement l'actuelle Espagne, puis tout le Sud de la France avant qu'ils ne soient arrêtés à Poitiers par les Francs, qui les repoussèrent au delà des Pyrénées (811, victoire définitive). Ces territoires nouvellement acquis furent proposés à des pionniers francs qui quittèrent le Nord de la France pour s'installer dans le Sud. C'est le début de l'histoire médiévale du Roussillon.

Le plus ancien texte mentionnant Le Perthus date de 881. On y lit la mention "villare Portus". Un "Villare" était déjà une assez grosse bourgade, plus petite qu'une "Villa". Vers 1306, alors que le Roussillon s'est détaché de l'empire franc pour devenir purement catalan, on retrouve une autre trace écrite : "Pertusium de parrochia Santa Maria de Clusa". "Parrochia", c'est une paroisse (que l'on peut comprendre "Village" de nos jours). Ainsi savons nous que le Perthus n'était pas autonome mais dépendait d'une autre paroisse, celle des Cluses.

La mairie du Perthus »

Ville-frontière, le Perthus fut toujours contrôlé militairement. Ainsi une tour de surveillance, sur la colline située au dessus de la ville, fut construite au Moyen-âge. Cette tour sera entourée au XVIIe siècle d'un vrai fort, le château de Bellegarde construit par Vauban qui subira quelques améliorations au cours du temps. La ville du Perthus profitera de tout temps de la présence d'une garnison qui a accru considérablement la population.

La municipalité du Perthus a été formée en 1836 par la fusion de trois communes : Le Perthus, Les Cluses et l'Albère. Malheureusement cette fusion n'a pas été considérée comme valable, et les trois villages reprirent leurs indépendances en 1948 (Texte adopté en 1851). La commune du Perthus date donc officiellement de 1851.

La rue commerçante du Perthus

On a un témoignage amusant concernant le Perthus en lisant cet article écrit par un journaliste de l'Indépendant, le journal local. Il date du 13 janvier 1906, soit de plus d'un siècle.

Un petit village qui ne se nourrit pas mal. Si nous faisons le bilan de ce que mangent, en un an, les 600 habitants du Perthus, nous trouvons, pour 1905, une consommation de 41,501 Kg de viande de boucherie ! A toi Gargantua !
Mais ce n'est pas tout. Si nous pouvions compter les volailles, les lapins, le gibier qui s'engouffrent dans ces 600 ventres, nous verrions que le Perthus est une ville bénie des dieux et que les souhaits du bon roi Henri y sont largement exaucés.

Bien entendu que, si l'on mange bien, on boit mieux encore. Nous ne connaissons par ici la crise vinicole; nous n'avons pas besoin de marchands étrangers pour vider la cave de nos propriétaires; nous seuls, c'est assez.
Etonnez-vous, après cela, si la moyenne de la vie, pour 1905, a été de 78 ans et demi !!

Nous disons tout cela, non pour nous vanter, mais pour exciter les autres communes à faire comme nous. C'est la grâce que je leur souhaite.

Fort de Bellegarde, par Louis Nicolas de Lespinasse (1734-1808), dessinateur. (dessin à la plume et encre de Chine, aquarelle)

Par la suite Le Perthus se développera lentement, il s'agissait d'un village agricole assez petit, qui vivait beaucoup du passage vers l'Espagne du fait de sa position. Jusqu'à ce que ce passage devienne la raison d'une des plus tristes histoire de l'histoire récente : La Retirada.

La Retirada

Retirada signifie "Retraite" en Espagnol, ce terme désigne la fuite des républicains espagnols devant l'avancée des troupes du dictateur Franco. Durant l'hiver 1939 c'est une foule immense qui traversa la frontière, cherchant un accueil que la France n'était guerre disposée à donner tel quel. Les autorités françaises furent prises de court et très vite débordées par l'ampleur du phénomène. Les petites villes frontalières virent passer des flots continus de réfugiés sans savoir vraiment que faire.

La gestion de l'afflux s'est plutôt mal passée dans la région. Les autorités françaises ouvrirent en urgence des camps de regroupement où ils furent parqués. Ces camps furent montés rapidement, dotés d'un encadrement militaire, les conditions d'hygiène y étaient déplorables. Nombreux furent ceux qui moururent, et pour notre région cet épisode de l'histoire locale reste une plaie béante. Les principaux camps se trouvaient à Prats de Mollo, sur la plage d'Argelès sur mer et au Camp Joffre. Voyez le dossier sur la Retirada pour plus de détails, ainsi que sur celui du Camp Joffre.

 
 
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