 Etymologie
Les spécialistes ne sont pas d'accord sur l'origine du mot Canet.
Trois interprétations ont été proposées :
- Viendrait de Canna, signifiant Roseau. En effet, la région était
marécageuse, le roseau poussait à perte de vue dans la région.
- Viendrait de l'ajustement des mots Kan, qui signifie
"Hauteur" dans la langue primitive pré indo-européenne, et
du suffixe latin Ittum.
- Viendrait d'une déformation du nom de la tribu ibérique qui vivait
là, les Kynetes.
Il semble que la 2e proposition soit la plus probable.
Préhistoire : les champs d'urnes
Canet-en-Roussillon a une origine lointaine. Bien sûr, le fait que le
village soit situé en plaine, à proximité de la mer a effacé toutes
les traces d'une éventuelle occupation préhistorique, mais on
a les premières traces d'habitats vers -1000.
De cette époque, l'âge du
bronze, on a sorti de terre différents objets : des haches, des bijoux,
des épées, et surtout pas mal de céramiques. La mairie de
Canet »
L'âge du bronze final (700 av. JC), est caractérisé par le fait que les
habitants incinéraient les corps, puis les enterraient dans une jarre
avec les restes d'objets usuels du défunt. La multiplication de ces
jarres a engendré les champs d'urnes. Canet est riche de deux nécropoles de cette époque. Le premier est au
Mas Bellevue, et il est à présent recouvert d'un lotissement, le deuxième
est aux champs des Hospices, et l'autoroute passe dessus. Mais
heureusement les nécropoles ont pu être étudiées.
Les jarres étaient enterrées à 70cm seulement du sol. On peut en
conclure que les terrains n'ont guerre évolué depuis deux millénaires,
sans quoi elles auraient surgit d'elles-mêmes beaucoup plus tôt. Chaque
nécropole était relativement petite, de l'ordre de 80m2. On a
retrouvé également de nombreux objets placés aux côtés des jarres.
Antiquité
Les romains n'ont pas laissé beaucoup de traces de leur passage à
Canet. Nous avons l'assurance que le lieu était habité, mais les
fouilles qui ont été faite au Puig del Baja n'ont pas ramené énormément
de preuves de cette occupation.
Il a quand même été sorti de terre les ruines de quelques bâtiments
: maisons, citernes, etc.
Pourtant Canet devait être non seulement très peuplé mais aussi très
actif : le village était le port de Ruscino,
capitale de l'administration romaine. Ainsi tout ce qui s'échangeait avec
les puissances méditerranéennes passaient par Canet - quand ce n'était
pas par Port-Vendres.
Parmi les objets récupérés, certains sont plus récents : ils
appartenaient aux Wisigoths,
qui occupaient les terres à partir de la chute de Rome, au VIe et
VIIe siècle.
Mais comme partout ailleurs, si les reliques funéraires des wisigoths
sont relativement fréquents en Roussillon, leur mode de vie au quotidien
nous échappe par manque de traces.
L'attaque de Sarrasins
et leur occupation au VIIIe siècle n'ont laissé
aucune trace à Canet. Aussi est-il normal que Canet ne réapparaisse que
bien plus tard, au moment des rois carolingiens, avec la première mention
écrite du village.
Le Haut Moyen-âge
L'histoire du village de Canet tel que nous le connaissons commence
durant le XIe siècle. La première mention date de 1013 sous
le vocable "Castellum de Caned", puis en 1017 "Villa de
Caneto" et en 1052 "Canetum".
A cette époque, le littoral n'était qu'une bande de terres marécageuses.
Avancés dans ces marécages, les derniers villages avant la mer étaient un
peu isolés. Ce ne fut pourtant pas le cas de Canet, grâce à son port.
Le premier seigneur de Canet fut Raimond Bérenger, qui reçut de
Gausfred II "divers gages et garants pour un portion de la ville de
Torelles (Torreilles) et pour le château de
Canet". Ce château a probablement été construit peu avant cette époque.
Raimond Bérenger était le suzerain d'une dizaine de chevaliers.
En 1075 une église fut construite au cœur du château.
Dédiée à St Martin de Tours, elle servit d'église paroissiale jusqu'à
la construction de la seconde église du village, au XVIe siècle.
Le second seigneur était Pierre Raimond. On retrouve sa trace en 1087
dans un document le désignant comme témoin du testament de Bernard de
Corneilla. Puis il y eu Guillaume 1er qui
participa avec
Guinart, comte du Roussillon à la première croisade. Il était présent
sous les remparts d'Antioche lors de sa prise (1098) et lors de la prise
de Jérusalem (1099).
Successeur de Guillaume 1er, Raimond Bérenger II a été témoin
d'un acte du comte Raimond Bérenger IV de Barcelone concernant Prats. Il
est décédé après 1099.
Les terres du seigneur de Canet gagnèrent rapidement en importance. Le
port permet de développer le commerce, et les habitants gagnent en
richesse. La vigne est implantée dès le XIe siècle à Canet,
puis à l'Esparou durant le XIIIe. (L'Esparou était à l'époque
une dépendance). L'activité du village se complète avec les salins,
puis tout le commerce qui était fait avec Perpignan.
Ainsi équipé, le village grandit rapidement.
Les Dépendances
Bien plus que le village de Canet, la seigneurie s'étendait aux
alentours du XIIe siècle sur de vastes terrains dont la
plupart, il est vrai, était constitués de marécages.
Afin de regrouper religieusement les habitants éparpillés dans la
plaine, l'Eglise fit construire plusieurs chapelles ou en rattacha à
Canet. C'est ainsi que Canet était en fait constitué :
-
du village, placé sur les hauteurs mais proche de la mer, il
entourait le château,
-
du port, bien sûr en bord de mer,
-
du hameau de l'Esparou,
-
du hameau de St Michel de Forques,
-
du hameau de Sainte Marie de Pabirans, devenu Sainte
Marie la mer,
-
du hameau de Sainte Anne,
-
du hameau de Vilarnau, devenu indépendant
mais disparu trop tôt pour être une commune.
L'Esparou est resté un hameau, St Anne a été rattrapée par
l'urbanisation. St Michel de Forques a été détruit à la révolution et
Vilarnau s'est éteint durant le XVIIe siècle. Quand au port,
il a engendré Canet en Roussillon plage.
Conflits Aragon-Majorque
Les seigneurs de Canet se succèdent de façon héréditaires. Bérenger
était également co-seigneur de Rivesaltes
et de Peyrestortes en 1170. Son successeur
se nommait Raymond, il obtient en 1198 l'autorisation de faire construire
une "força" à Ste Marie,
alors possession de Canet.
Guillaume II, son fils, est cité en 1205. Il a épousé Cerdana de Rodès.
Son successeur était Raymond II, qui a épousé, lui, Raymonde de
Serralongue (c'était Raymond et Raymonde).
 Raymond II était un fidèle des rois d'Aragon. Il était aux côtés
de Ferdinand durant la bataille de Toulouse, le 16 juillet 1212. En 1229
il participe à la conquête des Baléares sur les sarrasins,
puis se profile la conquête de Valence, toujours sur les sarrasins. Il a
alors un grand besoin d'argent pour y participer, aussi va t-il vendre des
privilèges aux habitants. Ceux ci dépensèrent
3000 sols de Malgone, pour par exemple (le 31 mai 1238) :
Le château vicomtal de Canet »
"Rachat de toutes obligations ou caution forcée
envers leur seigneur et de tout usage ou coutume contraire à la liberté
naturelle."
Le testament de Raymond avait doté l'hôpital du village de plusieurs
maisons. Canet fut fortifié avec une enceinte durant le XIIIe
siècle. Cette époque marque l'apogée de la population.
Le cimetière fut déplacé à l'extérieur du village. C'est le signe
d'une forte expansion démographique. En 1300, le village faisait 500
habitants.
Raymond II eu deux enfants, Guillaume et Pierre. Tout deux furent élevés
par Bernard Hugues de Serralongue, leur grand-père maternel. Ce dernier
accorda aux habitants de Canet de nouveaux privilèges avec sa fille
Raymonde. Pierre fut nommé Pierre de Domanova,
il est décédé en 1244. Quand à Guillaume, il devient en Guillaume III
de Canet, successeur de son père.
Guillaume III confirma tout d'abord les privilèges accordés par son
grand-père (le 23 mai 1265) contre 700 sous barcelonais. Il faut dire
qu'il avait lui aussi un grand besoin d'argent pour prendre les armes aux
côtés de Jacques 1er de Majorque pour la conquête de Murcia (mai et
juin 1266) A partir de 1274 le Royaume de Majorque
prend
son indépendance vis à vis de celui d'Aragon, qui n'aura de cesse de le
récupérer militairement.
Guillaume III décède vers 1286, après avoir épousé Alamande, fille
de Pons de Vernet. Vu qu'ils n'eurent pas d'enfant, Canet passe aux mains
de son beau-frère Pons de Guardia, mari de Timberga et fils de Galcerand
de Pinos, seigneur de Llo. C'est ainsi que Canet
passa à la famille de
Pinos.
Pons sera en conflit ouvert contre le vicomte de Castelnou
(partisan du roi d'Aragon) qu'il attaquera, en compagnie d'Arnau de
Corsavy, Guillaume de Pinos et Ramon Roger de Pallars.
Le successeur de Pons est son fils Raymond III. Sous son règne Canet
va devenir une baronnie. Il décède en 1312 en laissant le pouvoir à son
frère Guillaume IV. Il récupèrera les châteaux de Vilarnau
d'Avall, d'Espira et de Jujols en récompense de
sa fidélité.
1322 est une date importante : Le roi de Majorque Sanche élève Canet
au rang de vicomté, en remplacement de la vicomté de Castelnou, resté
trop proche de l'Aragon. Cette vicomté s'étendra sur Ste
Marie, Villelongue, Torreilles,
Vilarnau d'Amont, St-Michel-de-Forques,
St Nazaire, Alénya, Théza,
Corneilla-del-Vercol, Vilarasa, Mosellos
et Villeneuve-de-la-Raho, soit un
territoire immense.
En 1343, Pierre IV d'Aragon tente de conquérir militairement le
royaume de Majorque. (voir dossier)
Lançant ses troupes sur la plaine du Roussillon, il assiège la ville le
31 juillet 1343 en faisant beaucoup de dégâts. A ce moment, c'est François
d'Oms qui est gouverneur du château de Canet. Le vicomte de Canet
Raymond IV, fils et successeur de Raymond III est également dans les
murs. Le lendemain, Pierre IV d'Aragon lance un ultimatum, mais il est
rejeté par les défenseurs. Le siège commence donc.
Le 3 août 1343, soit deux jours plus tard seulement, Raymond cède et
ouvre les portes de la ville à Philippe de Castro au nom du roi Pierre IV.
En représailles Raymond est envoyé en exil par les galères à l'évêché
de Gérone. Pierre IV installe une garnison dans le château de Canet
jusqu'en 1344, année où il réussira à faire tomber le royaume de
Majorque.
L'église est endommagée, mais les habitants avaient entre temps
commencé à perdre leur richesse. Ils durent emprunter l'argent de la rénovation
aux juifs préteurs de Perpignan. Les travaux traînèrent en longueur, à
l'image de ceux de Vilarnau datant de la même
époque, jusqu'au XVe siècle.
Victorieux du royaume de Majorque, Pierre IV d'Aragon prend le pouvoir
sur Canet et le donne au cousin de Raymond II, Pierre II de Fenouillet.
Canet a servi alors de dédommagement aux héritiers de cette famille pour
la spoliation dont furent victimes leur arrière grand père, partisan des
cathares à un moment où il n'aurait pas dû l'être. De plus, c'était
une façon de laisser cette vicomté dans la même famille, tout en ayant
arrêté la lignée officielle anti-aragonais.
Il faut dire que Pierre II de Fenouillet était un farouche partisan de
l'Aragon, allant jusqu'à faire un faux témoignage contre Jacques II de
Majorque.
En 1364 la nouvelle église fut construite. Il fallu 30 ans pour la
terminer, mais elle n'a toujours pas bougé puisque c'est elle qui trône
fièrement au centre du village. Vous pourrez noter les similitudes entre
les églises de Canet et d'Ille sur Têt :
commandées en même temps, elles ont été bâti par le même architecte.
Le vicomte suivant, André de Fenouillet, établi un testament qui sera
suivi à sa mort. Il exigeait la création d'un monastère composé de
neuf moines bénédictins qui seraient physiquement dans le château et à
qui il fallut donner les revenus du château, mais aussi des villages de Torreilles
et Ste Marie.
A partir du XIVe siècle Canet va subir de plein fouet la
politique locale. En 1398 et jusqu'à 1422 Collioure
fut déclarée seul port roussillonnais de débarquement de marchandises.
Bien que le village ai eu d'autres sources de revenus, ce fut ce qui déclencha
son déclin. La démographie chuta rapidement et l'activité de la ville
de même.
Canet en France
Au milieu du XVe siècle les catalans se sont opposés aux
français. Ces derniers s'étaient rendus maître des comtés du
Roussillon et de Cerdagne suite au Traité de Bayonne. Louis XI était
alors officiellement vicomte d'Ille et de Canet. Mais la population leur
était hostile. C'est ainsi que plusieurs tentatives pour confier les
places fortes aux aragonais furent tentées, et bien que celles de
Perpignan, Collioure et Villefranche ai pu être sauvées, celle de Canet
tombe aux mains des aragonais le 1er février 1472, grâce à Bernard
d'Oms, seigneur de Corbère.
En 1493 Charles VIII revend le Roussillon à l'Aragon. Pierre Galcerand
de Castro redevient vicomte de Canet. Par testament, il lègue tout ses
biens à son neveu, Guillaume Raymond Galcerand, dont la succession
portera jusqu'au traité des Pyrénées.
Durant le XVIe siècle la ville fut conquise par les
mercenaires allemands, puis durant la Guerre de 30
ans par les français (au XVIIe siècle) A cette occasion,
la ville souffrit beaucoup.
Louis XIV était le nouveau maître de la vicomté. Il la confie à
Joseph Fontanela, partisan de la France, en écartant du pouvoir la lignée
des vicomtes historiques.
Puis, elle passera à la comtesse de Sforza
jusqu'à sa mort. Le 27 mai 1730 le conseil d'état la donne au duc Hijar,
grand d'Espagne, issu d'une branche cadette des premiers rois d'Aragon. En
1789 il recevait des revenus du moulin et du four de Canet.
«
Carte de Cassini (1701)
A la révolution française Canet est devenu une commune. Le 12 avril
1789 eu lieu une réunion préliminaire aux états généraux de
Versailles. Chaque habitant était invité à faire des doléances qui
seront repris par le député. Cette réunion n'attira pas beaucoup de
monde (19 sur le 63 qui pouvaient le faire). Il en ressorti les doléances
suivantes :
-
Les habitants doivent payer trop d'impôts : Gabelle, dîmes, vingtièmes,
taxes sur le tabac, sur l'huile, sur la viande, etc.
-
Parmi la population trop de personnes sont exemptées d'impôts
-
La population demandait également la fin des privilèges, plus d'égalité.
A cette époque, la ville ne ressemblait plus à ce quelle était dans
le passé. L'enceinte fortifiée était abîmée, totalement hors d'état
de remplir sa fonction. Les tours de surveillance servaient d'abri à tous
les habitants qui n'avaient pas de domicile, les mendiants, etc.
Le château était à moitié en ruine, le vendeur de glace se servait
encore du puit à glace, mais au milieu d'un chevrier et de son troupeau.
Les rues étaient en terre battue, pas encore pavées. Les immondices étaient
jetés par dessus les murailles.
Il fallut attendre 1830 pour que les habitants utilisent les pierres du
château pour paver les rues. Le début du XIXe siècle a vu
les marais être assainis. Les terres nouvellement acquises ont servi aux
plantations de vignes.
A partir de 1946 Canet s'est régulièrement développé grâce au
tourisme pour en arriver à la station balnéaire que nous connaissons.
 Evolution de la population
Il est difficile d'estimer la population d'un village dans les premiers
moments de son existence. Mais le cas de Canet est intéressant car il a
été rapidement important, ne perdant cette importance que durant le
Moyen-âge, c'est à dire au moment où les premiers recensements
officiels font leurs apparitions. Fenêtre de l'église. On
y voit le symbole de Canet, le lion »
Plus que des chiffres, il suffit de savoir que ce village était un
important bourg durant l'Antiquité pour pouvoir comparer sa population
par rapport aux autres : largement supérieure.
Vers 1300, une estimation de la population nous place à 500 habitants,
ce qui est confirmé par le premier recensement officiel : en 1362, il y
avait 102 feux à Canet. A un feu correspond un foyer, soit à peu près 5
à 6 personnes.
Puis la population décroît rapidement : 1553 : 49 feux (250
personnes), 1643 : 62 feux (350 personnes).
En 1806, la ville comprenait 233 habitants, 466 en 1846, 887 en 1886,
1215 en 1911. En 1936, il y en avait 1238 (1213 après la guerre, en
1946).
Enfin en 1954, il y avait 1853 personnes, 4339 en 1975,
6299 en 1984 et enfin 7750 en 1990.
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