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Situation
Sainte Marie du Vilar est un prieuré se trouvant à 2 kms au Sud
de Laroque
des Albères, en plein centre d'un cirque naturel. On y accède
par une petite route qui part du centre du village.
Etymologie
Sainte Marie, c'est bien sûr le nom de la patronne de l'église.
Le Vilar, en latin, c'est la villa, c'est à dire un domaine
agricole cultivé par les romains.
Ce lieu a une origine romaine comme le prouvent les restes de
cette époque, plutôt nombreux.
Préhistoire et Antiquité
Le site de Ste Marie du Vilar fut occupé dès les premiers temps
par les hommes préhistoriques. On a retrouvé des armes du néolithique
récent, en particulier une pointe de flèche taillée dans la
pierre.
Ce
site, déserté puis reconquis par les romains fut l'emplacement
choisi pour la construction d'une tour de surveillance durant le 1er
siècle. Elle mesurait 6 mètres de diamètre et sa hauteur nous est
inconnue, mais il en reste de nos jours deux mètres depuis sa base.
Elle est visible dans l'église, à cheval sur le cœur et la nef.
Cette tour surveillait la Via Domitia, qui passait non loin de là.
Il faut dire que la vue est bien dégagée.
En marge de la tour, les romains ont également construit tout
une série de bâtiments plus modestes, très proches de la tour (2
mètres à peu près), ainsi qu'un amphéum.
De cette époque aussi nous avons retrouvé de nombreux reliefs,
notamment des céramiques sculptées dont certaines datent de l'époque
ibère.
Après la chute de l'empire romain, les wisigoths s'installèrent
à Toulouse et fondèrent un nouveau royaume. La Septimanie y fut
englobée et les wisigoths commencèrent à construire, certes peu,
mais en général sur les restes des édifices romains.
C'est ainsi qu'à proximité de la tour de surveillance, sur les
restes des anciens bâtiments romains, ils construisirent un bâtiment
rectangulaire d'à peu près 12m par 5 dont le toit était en végétaux,
probablement pour accueillir une petite garnison.
Les wisigoths nous ont laissé des sarcophages. Initialement au
nombre de 13, il n'en reste plus que deux sur le site. Ils sont en
marbre bleu de cérêt et sont visibles à côté de l'entrée de l'église.
Sarcophage wisigothique
D'autre part ce peuple était chrétien. C'est donc tout
naturellement qu'ils ont construit une église pré-romane dont les
fondations ont été mises à jour. Curieusement elle est tournée
vers le Nord-Est.
Puis se fut la conquête sarrasine, dévastatrice. Les wisigoths
fuirent l'envahisseur, le site fut déserté.
Les Moines
Suite à la reconquête carolingienne sur les sarrasins
en 811, les religieux ont bâti des abbayes
dans toute la région, abbayes qui ont fait construire de multiples
sanctuaires dans les coins les plus reculés de la région. C'est
toute la chrétienté qui s'est développé d'un coup, créant
d'ailleurs le style "art roman catalan".
C'est grâce à ces évènements que fut construit Ste Marie du
Vilar en 1083 par des moines augustiniens. En arrivant sur le site
ils découvrirent des murs solides, des fondations à toutes épreuves.
Désirant utiliser un maximum de bâtiments existants, les moines se
servirent des ruines pour construirent d'une part une église, puis
un cloître au dessus duquel se trouvait les appartements du prieur,
d'autre part des chambres de moines dans le bâtiments
wisigothiques. Bien sûr, ils l'avaient profondément modifiés, créant
des arcs intérieurs pour soutenir un premier étage. On trouve une
première mention du lieu en 1093 sous le nom de Sancta Maria de
Vilari.
Description des bâtiments
Le cloître à la particularité d'être à un seul côté. Seul
le prieuré de Serrabone est
construit de la même façon. Il a trois arches, le plafond est en
épaisse poutre de bois pour soutenir les appartements du prieur.
L'église a une particularité : ses fresques. En effet, les
moines décorèrent l'intérieur de l'église comme ils le faisaient
toujours, mais lors de leur départ en 1538 ils prirent soin de
recouvrir les fresques d'un deuxième crépis de protection. Ainsi
lors de la restauration il a été découvert par hasard un bout de
couleur et les spécialistes du musée du Louvres, dépêchés sur
place pour retirer le crépis, mirent à jour les fresques les mieux
conservées du département.
Hélas en partie lavées par erreur lors des travaux de
restauration.
Il reste tout de même suffisamment de couleurs pour reconnaître
sous le dôme du cœur la scène de l'annonciation et les 4 évangélistes
symbolisés, sur les murs du cœur les 12 apôtres et ce qui
pourrait être une frise de l'apocalypse et enfin sur les côtés
différents motifs difficilement traduisibles.
D'autres fresques sont visibles à l'extérieur du bâtiment, sur
un crépis de la même époque.
La porte de l'église est également remarquable. Sa particularité
est d'être asymétrique, puisqu'un pilier est surélevé par
rapport à l'autre. Les chapiteaux sont décorés de têtes aux
attitudes différentes (effrayée, pacifiée, ...).
Le bois de la porte est percé d'étranges trous triangulaires,
carrés ou ronds, fermants par des pièces en bois adaptées. En
fait, il s'agit de meurtrières car la région n'a pas toujours été
sûre. L'attitude de certains ordres religieux, étalant leurs
richesses comme les bénédictins,
faisait naître dans la tête certains brigands l'idée que les
augustiniens étaient eux aussi riches, alors que le vœu de pauvreté
qu'ils avaient fait été réellement suivi.
D'ailleurs pour mieux défendre le prieuré les habitants du lieu
avait construit une tour carrée qui prenait appui sur le mur Nord
du bâtiment wisigothique. Cette tour s'est effondrée en même
temps que le clocher lors des tremblements de terre du XVe
siècle.
La Déchéance du prieuré
L'église, bien que commencée en 1083 ne fut consacrée que le
16 juillet 1142, soit 60 ans plus tard. Tout aux longs des siècles
qui suivirent différents corps de métier sont venus s'installer à
proximité du prieuré, comme ça a été le cas autour des autres
prieurés (Serrabone, Marcevol).
Une forge s'est construite le long du petit ruisseau, légèrement
plus haut. Un tailleur dont les outils ont été retrouvé, ainsi
que des verriers complétèrent le village.
1180, c'est l'année durant laquelle l'église Saint-Jean-l'Evangéliste
(Commune de l'Albère)
a été donné au prieuré, marquant ainsi le début de son
expansion territoriale. Beaucoup plus tard, en 1435, on trouve dans
un document écrit une mention du lieu : Prepositura de Vilari.
En 1538, les moines partirent définitivement de Ste Marie du
Vilar. Ils prirent soin de recouvrir les fresques, mais également
de confier la clef du prieuré à une famille de Laroque des Albères,
à charge
pour elle de la conserver jusqu'à ce que la vie monastique puisse
reprendre au Vilar.
En 1994, alors que les fouilles avaient fait surgir le prieuré
des terres où il était enfoui, une habitante de Laroque est venu
porter une clef au responsable des fouilles. Cette clef, qui lui
avait été donnée par ses parents a traversé 450 ans dans la même
famille avant d'être à nouveau réutilisée !
Avec le départ des moines la vie du village périclita. En 1611
il fut uni à la rectorie de Villelongue del Mont, c'est à dire
qu'il fut sécularisé. On le retrouve en 1645 sous le nom de Pabordia
del Vilar, puis il apparaît dans la liste des ermitages du diocèse
d'Elne en 1688 (hermita de Nostre Senyora de Villelonga del mont).
Son activité fut arrêté définitivement par la révolution française,
qui déclara que les biens de l'Eglise étaient des biens d'Etat.
L'ermitage fut vendu et transformé en grange, puis disparu.
En parallèle les habitants commencèrent à se déplacer vers Argelès
ou tout simplement plus bas dans la plaine, et vers 1750 on n'a plus
entendu parler du Vilar.
De 1802 à 1942 les terres sur lesquelles se trouvait le prieuré
furent acheté par un berger, l'église servit alors de bergerie.
Pendant tout ce temps, les ruines du village furent peu à peu
ensevelies par des milliers de mètres cubes de terre descendant peu
à peu de la montagne.
La Restauration
En 1994 les habitants de Laroque
des Albères avait l'habitude de venir se promener autour des
ruines du Vilar. A proximité de l'église se trouvait ce que tout
le monde appelait "le four", un petit arceau de pierre
ressemblant effectivement à un four.
C'est cette année qu'entre en jeu une aveyronnaise d'origine,
amoureuse du prieuré et que je n'hésiterai pas à qualifier de
bienfaitrice du patrimoine catalan : Mme Lucette Triadou.
Elle
décide tout simplement de racheter au berger le prieuré, fonde un
association pour le restaurer et commence par dégager le four.
Surprise, ce n'est pas un four mais le haut d'une porte, ce qui
permis de constater que les fouilles n'allaient pas se dérouler au
niveau du sol mais bien jusqu'à plusieurs mètres en dessous. Et au
lieu de se contenter de restaurer l'église comme s'était prévu
initialement, l'association du faire face à la découverte des différents
restes des civilisations qui se sont succédées ici. Les bénévoles
vinrent en nombre, souvent des spécialistes comme les fresquistes,
des architectes.
En 1995 les fresques sont découvertes, elles sont restaurées
par les monuments historiques, puis ce fut la découverte de l'amphéum,
de la tour romaine et des outils préhistoriques. Et tout ça grâce à la motivation de Mme Triadou. Permettez moi
de vous le dire : Merci madame.
Aujourd'hui les fouilles sont quasiment terminées. Le site est
ouvert au public et il fait partie du réseau patrimoine des Pyrénées-Orientales.
Allez donc le découvrir, et faites comme moi, remerciez bien
chaleureusement Mme Triadou, elle est tous les jours sur le site.
Cette restauration a fait l'objet de récompenses, ce qui n'est
que juste retour des choses.
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| 1993 |
Prix National des Monuments Historiques |
| 1994 |
Prix National des Monuments Historiques |
| 1995 |
Prix des Vieilles Maisons Françaises |
| 1996 |
Prix des Pays de France |
| 1999 |
Prix des Pays de France |
| 2000 |
Prix de l'étude Dumousset Deburaux (décerné par VMF) |
Plan du site
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