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Genèse de l'exploitation minière du Canigou
Géologiquement, le massif du Canigou est riche en
fer. Partant du principe que ce fer est exploitable, les premiers
habitants du massif, durant la protohistoire
(-2200 av JC), commencèrent à le récupérer pour le traiter. Mais la méthode utilisée était très
rudimentaire. Ce sont les romains,
à partir de -100 qui commencèrent réellement à exploiter les
mines et créèrent des forges sur le lieu de récolte. Le fer ainsi traité était utilisé pour
confectionner différents matériels.
Ces forges étaient simples, aussi bien dans leurs
fonctionnements que dans leurs installations. Nous n'avons pas
vraiment retrouvé de telles installations entières mais seulement
des sites sur lesquels on a la certitude que des fours servaient à
purifier le minerai.
Les forges furent abandonnées lors des invasions
barbares (-409), puis détruites par le temps. Les francs,
devenus maîtres du Vallespir
lors de la reconquête de Charlemagne sur les Sarrasins recommencèrent
à exploiter ce minerai, mais avec parcimonie. En effet, les
filons trouvés étaient assez loin dans la montagne et il fallait
effectuer un trajet sinueux et dangereux pour ramener le
minerai dans un village où un forgeron pourrait le travailler.
Il fallut donc attendre le XIIe
siècle au moment du développement des voies de communication pour
que cette activité puisse être réellement pratiquée. Mais les
techniques de production n'étaient pas encore parfaitement au
point.
L'expansion des Forges
En 1406 le roi d'Aragon Martin l'humain avait établi
la liberté de recherches en sous-sol et de l'exploitation de tous
terrains (à charge d'indemniser le propriétaire et de payer au Roi
une redevance du dixième de la valeur du minerai extrait).
C'est cette liberté, quoi que contraignante, qui
fut le déclencheur de la plus grande ressource industrielle des
comtés du Roussillon et de Cerdagne réunis jusqu'à l'époque
moderne.
Tous les villages autours du Canigou vont reprendre
les anciennes mines des romains et en ouvrir d'autres. Sur le côté
Nord du Canigou, les mines se trouvaient du côté de Sahorre,
Fuilla, Corneilla
de Conflent, mais surtout à Baillestavy
(mine de la Coume).
Plus au Sud, la plus grosse mine était à Batère,
près de la tour de surveillance du même nom, à plus de 1500m
d'altitude, puis sur les flancs des vallées de Corsavy
et de Prats de
Mollo.
Toutes ces mines impliquèrent la multiplication des
forges dont le style était identique et que l'on a appelé 'Les
Forges Catalanes". Ces
forges se servaient de la force hydraulique pour fonctionner, elles
avaient donc besoin d'un cours d'eau. La Llentilla au Nord, la
Coumelade, le Riuferrer (nom signifiant "Rivière du fer")
et surtout le Tech au Sud ont fait office de moteur d'un autre
temps.
Les forges étaient à Valmanya,
Sahorre, Fuilla,
Corneilla
de Conflent, et même à Mosset
au Nord et Corsavy,
Montferrer (qui
signifie "Le Mont du Fer"), La
Bastide, Arles
sur Tech (deux forges), Le
Tech, Prats
de Mollo au Sud, puis Coustouges,
Serralongue (à
la Fargasse), Lamanère
(qui signifie "La Mine") et qui comptait deux forges,
encore plus au Sud. Sans compter Saint
Laurent de Cerdans, qui à lui seul comprenait quatre forges.
Bref, un peu partout.
« Pentures de l'église St Saturnin, de
Montesquieu
Il faut noter que le minerai était également
acheminé plus bas dans la vallée, aux forges de Reynès
et de Sorède.
Effets des mines sur la population
Une forge nécessitait pas mal de bras pour
fonctionner à plein régime. C'est donc tout naturellement que la
naissance de cette activité à entraîner un fort afflux migratoire
dans les vallées du Canigou, principalement de la Catalogne Sud où
les immigrants n'avaient pas de barrières linguistiques, mais aussi
de Gênes et de Sardaigne où des personnes prirent le savoir faire
dans la région en y travaillant.
Toujours est-il que l'exploitation du fer dans le
Canigou a développé la région. Les personnes se déplaçaient
facilement en empruntant les nombreux sentiers créés pour
l'occasion.
Les registres d'état civil gardent le souvenir de
ces déplacements par les mariages qui eurent lieu à ces moments
entre habitants de villages parfois distants de 30Kms... Entre Prats
de Mollo et Valmanya,
les échanges étaient courants, les sentiers passaient par les
mines de Batère et l'on pouvait ainsi faire le trajet du Tech à la
Têt en franchissant les contreforts du Canigou à plus de 1500m
d'altitude.
Les Outils
Une forge catalane était constituée avant tout
d'un four. Ils étaient en forme de pyramide tronquée inversée,
avec trois murs plans et un convexe destiné à faciliter
l'extraction du produit fini.
Il était fait en pierres réfractaires revêtues en
partie de plaques de fer. Le mur où aboutissait la tuyère à
l'opposé de l'ore était le "Piec del foc", c'était le
plus épais. Il s'y superposait une pièce de fer trouée (les
"Porgues") de manière à laisser le passage à la tuyère
qui y insufflait l'air dans le four sous un angle de 35 à 45°. A côté
des porgues il y avait le mur nommé "Cava" d'un côté et
de l'autre le mur "Lleteirol", lequel présentait un trou
pour laisser passer les scories.
La trompe était le système de soufflerie.
Particulièrement ingénieux, le tuyaux de la soufflerie raccordée
aux porgues était relié à un contenant rempli d'air dans lequel
un second tuyau amenait de l'eau par le biais d'un siphon. L'eau
remplissant le contenant chassait l'air qui partait par la tuyère.
Le martinet, lui, était une masse
d'approximativement 200Kg passant son temps à s'abattre sur le fer
rougi pour le débarrasser des dernières scories et pour le façonner
soit en cubes, soit en barres. Le procédé était simple : une roue
à eau style moulin hydraulique entraînait une roue dentée dont
les dents faisaient monter et descendre le lourd marteau comme une
bielle.Le bois utilisé pour alimenter le feu était du chêne
vert que l'on trouvait dans les forêts environnantes.

Un engin d'extraction, abandonné sur le site de
Batère
Exportation du procédé dans d'autres régions
Bien que typique du travail minier du Canigou, le
procédé des forges catalanes s'est étendus dans d'autres régions.
En premier lieu, c'est en Catalogne Sud que se sont installés les
forgerons venus du Vallespir. il faut dire qu'il n'y avait pas la
barrière de la langue, et les rattachements successifs du
Roussillon à l'Aragon cimentaient les deux régions.
On vit donc fleurir des forges catalanes dans le
Ripollès et la Garrotxa (mitoyen du Vallespir sur le flanc Sud des
Pyrénées), à Camprodon, Queralbs, Albanya, et jusqu'à Besalu.
Puis au fil des ans les procédés furent exploités
à Dijon, où l'on a retrouvé une forge appartenant à la noblesse
et à l'église. Il y en eu aussi dans le Bas-Rhin, en
Basse-Normandie jusqu'au XVIIIe siècle. Sur l'Orne, une
forge catalane était encore en fonctionnement en 1772. Elle
poursuivit son activité après la révolution jusqu'en 1839.
Plus proche de nous dans le bassin de l'Ariège on a
retrouvé des forges catalanes dans les vallées du Lez, d'Alès, du
Garbet, de Loumet, d'Alses, de l'Aude à Quillan.
A Escouloubre il y en avait également une sur la
Lladoune, près de Formiguères.
Déclin de l'exploitation minière
Commencé dès la protohistoire mais réellement en
pleine activité vers le XIVe siècle, l'exploitation des
mines de fer du Canigou a duré jusqu'au XIXe, en commençant
son déclin à la fin du XVIIIe siècle.
Le principal fautif s'appelle le haut-fourneau.
Sorte de forge à grande échelle, le traitement qu'il faisait subir
au minerai était beaucoup plus rapide et efficace. Il avait pour
inconvénient d'imposer la venue à lui de grandes quantités de
minerai, mais à cette époque les moyens de communication s'était
suffisamment développés. Il n'y avait plus d'utilité à faire
traiter le fer directement dans les hautes vallées montagneuses.
Preuve de ce dépeuplement, la forge du Tech s'arrête
en 1750. En 1902 il reste encore quelques forges en fonctionnement :
St Laurent
de Cerdans, Valmanya.
Celle-ci fermera définitivement en 1940, après avoir subit les
effets des mines de Lorraine, plus proche de l'endroit où l'on
fabriquait les armements.
Le personnel minier tenta quand même de sauver la
situation en modernisant la production. Le principal problème résidait
dans l'acheminement du minerai sur les sites d'exploitation. En ça
l'arrivée du train à Arles sur Tech fut d'une très grande utilité.
Par ailleurs on construisit une ligne aérienne allant de Batère à
Arles en 1900. Long de 9 kms, cette ligne alimenta en continu Arles
en minerai ce qui retarda la fermeture des mines catalanes.
De nos jours les mines sont fermés mais servent de
prétextes à de superbes ballades dans le Canigou. Partant de
Valmanya, celle qui mène à la Coume dure deux heures et traverse
la forêt, sans grande difficulté. D'autres chemins partent de Montferrer
ou Corsavy.
« L'entrée
de la mine de Batère
Les mines de Batère, elles, sont visibles au bout
d'une route de 15Kms partant de Corsavy. Les installations sont
abandonnées, mais il reste quelques bâtiments et engins toujours
visibles.
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